Entre l’annonce du projet Amur-SPG, en 2020, et cette année, il y a six ans d’écart. Roscosmos repousse ce premier vol de cinq ans, de 2026 à 2031, avec deux obstacles supplémentaires, l’absence de plateforme océanique adaptée sur le territoire russe et une concurrence chinoise plus rapide que prévu.

Cinq moteurs RD-0169 propulseront le premier étage récupérable, à oxygène et méthane, capable d'emporter 10,5 tonnes en orbite basse contre 12,5 tonnes en version jetable - ©nastya_krii / Shutterstock
Cinq moteurs RD-0169 propulseront le premier étage récupérable, à oxygène et méthane, capable d'emporter 10,5 tonnes en orbite basse contre 12,5 tonnes en version jetable - ©nastya_krii / Shutterstock

Amur-SPG culminera à cinquante-cinq mètres, pour un diamètre de 4,1 mètres et une masse au décollage proche de 360 tonnes. Cinq moteurs RD-0169 propulseront le premier étage récupérable, à oxygène et méthane, capable d’emporter 10,5 tonnes en orbite basse contre 12,5 tonnes en version jetable. Il faudra valider le décollage et l’atterrissage vertical pendant un vol d’essai du démonstrateur d’ici à 2028, avant les essais en vol de la fusée orbitale, désormais annoncés pour 2031. Si SpaceX a bénéficié d’une plateforme maritime pour récupérer ses étages, ce n’est pas le cas de la Russie, faute de littoral adapté sur la façade est du pays. Pendant ce temps, sans faire trop de bruit, la Chine réussit déjà des récupérations en mer, avec plusieurs lanceurs concurrents

Un atterrissage terrestre plutôt qu’une barge en mer pour Amur

SpaceX récupère un premier étage de Falcon 9 de deux façons différentes. D’un côté à Cap Canaveral, une zone d’atterrissage terrestre, distante d’environ neuf kilomètres du pas de tir. De l’autre sur une barge flottante, positionnée en océan Atlantique ou Pacifique selon la trajectoire. Depuis le pas de tir LC-39A, la distance jusqu’à cette zone d'atterrissage terrestre atteint environ quinze kilomètres.

La mer d’Okhotsk, sujette à des tempêtes fréquentes au large de l’Extrême-Orient russe, complique, selon Roscosmos, l’exploitation stable d’une plateforme flottante. Plusieurs aires d'atterrissage fixes, réparties entre le cosmodrome de Vostotchny et le littoral de la mer d'Okhotsk, doivent donc accueillir l’étage récupéré à la place d'une barge. Un hélicoptère ramènera ensuite l'étage récupéré vers le site de préparation du cosmodrome. Les ingénieurs russes ont par ailleurs engagé des travaux sur un système de parachute d’appoint pour l'étage récupérable, une option écartée par SpaceX sur Falcon 9.

En mer, une barge ajuste sa position selon les prévisions de trajectoire. Sur la terre ferme, il faut fixer le point d'atterrissage avant le décollage, sans possibilité de le déplacer ensuite. Le système de guidage doit l’atteindre au mètre près. Mais Roscosmos n’a rien communiqué pour l’instant, ni sur le nombre de ces aires terrestres, ni sur leur emplacement exact et encore moins sur le planning de construction.

La Chine devance déjà Amur sur la récupération en mer

Le 10 juillet dernier, la China Aerospace Science and Technology Corporation a récupéré en mer, grâce à une plateforme dédiée, le premier étage de son lanceur Long March-10B. L’entreprise privée chinoise LandSpace a testé fin juin la mise à feu complète du premier étage réutilisable de sa fusée Zhuque-3. Sur ce même lanceur, un vol orbital de décembre 2025 avait déjà atteint l’orbite, mais la récupération de l’étage avait alors échoué. CAS Space, Deep Blue Aerospace et Space Pioneer avancent en parallèle, à des stades de maturité variés, sur leurs propres lanceurs réutilisables. Elon Musk estimait en 2025 qu’il faudrait plus de cinq ans à la Chine pour atteindre la cadence de lancement de Falcon 9.

Notons qu’à la fin du mois de mars, la Chine totalisait 34 lancements orbitaux réussis contre 29 pour les États-Unis. Les autorités chinoises annoncent un objectif de plus de 140 lancements pour l’année entière, tandis que Roscosmos fixait, en 2021, un objectif de treize à quatorze vols annuels pour Amur d’ici à 2030.

Après 2022, la Russie a perdu une partie de ses contrats commerciaux internationaux. À la suite des sanctions européennes, Roscosmos a retiré ses équipes du Centre spatial guyanais et interrompu les lancements Soyouz programmés depuis Kourou. OneWeb a suspendu à son tour tous ses lancements prévus sur les cosmodromes russes, y compris depuis Baïkonour, avant de se tourner vers d’autres opérateur.

Et pendant ce temps, Amur-SPG n’a toujours pas quitté le plancher des vaches.

Source : Ars Technica